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Blue bonds : Nouvel eldorado des investissements responsables ? (EN/FR)

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L’océan, représentant 70% de notre écosystème, joue un rôle important dans la lutte contre le réchauffement climatique de par sa capacité d’absorption du CO2 à hauteur de 30%. Cependant, la pollution détériore de manière exponentielle les eaux et ce, depuis de nombreuses années. La biodiversité se voit ébranlée par voie de conséquence, remettant en question la santé des hommes et celle de notre planète. C’est la raison pour laquelle, à l’instar des “green bonds" (obligations vertes cotées sur les marchés financiers), un nouveau type de financement alternatif a vu le jour, les “blue bonds”. Leur entrée sur les marchés financiers s’est fait en 2018: année durant laquelle les Seychelles ont été le 1er État à émettre une obligation bleue de 15 millions de dollars en Octobre 2018. En effet, cet archipel de 115 îles, particulièrement dépendant de la pêche qui emploie 17 % de la population et représente 95 % des exportations nationales, était victime d’acidification des eaux par le réchauffement climatique.


Qu’est ce qu’un blue bond ? Il s’agit d’un titre de dette émis sur un marché financier et destiné à financer des projets de lutte contre le réchauffement climatique, à la différence que ce dernier vise à financer des projets en lien avec la préservation des mers et des océans tels que la pêche durable ou l’établissement de réserves naturelles interdites à la pêche par exemple. En ce sens, le développement de l’économie bleue s’inscrit notamment dans le cadre de son action en faveur de l’atteinte de l’Objectif de développement durable n° 14 de l’ONU, relatif à la conservation et à l’exploitation des océans.

1) Facteurs explicatifs du développement des Blues Bonds


Développés initialement par les Seychelles et portés par la suite par la renommée des greens bonds, les blue bonds ont pour objectif de développer des initiatives qui visent à protéger et préserver les océans. En mars 2018, la Commission européenne, le WWT, l’International Sustainability Unit du Prince de Galles et la banque européenne d’investissement (“BEI”) ont dévoilé 14 principes de la finance bleue. Ces principes de la finance bleu pourraient contribuer à transformer la façon dont la société gère les ressources océanique, tout en démontrant que la volonté de rendement des investisseurs peut aller de pair avec la préservation de l'environnement et un impact social positif.


Le développement des Blue Bonds peut s’expliquer en partie par le changement de stratégie tournés davantage vers les investissements responsable lié à une volonté d’avoir un impact positif sur la société et l’environnement. Les question ESG étaient traditionnellement considérés comme une préoccupation secondaire pour les investisseurs. Cependant, la prise de conscience de plus en plus importante des consommateurs, épargnants comme investisseurs, ainsi que celles des investisseurs institutionnels et des fonds de pension qui souhaitent limiter les impacts néfastes sur la société, incite fortement à prendre en compte l’impact environnemental et sociétal dans leur investissement. Si on regarde une enquête mondiale réalisée en 2018 par FTSE Russell, plus de 50% des propriétaires d'actifs mondiaux mettent actuellement en œuvre ou évaluent les considérations ESG dans leur stratégie d’investissement. Toutefois, d’autres facteurs peuvent expliquer cet engagement pour les investissements responsables.


Un des facteurs les plus importants est la taille grandissante des sociétés d’investissement et de gestion de portefeuille. Aujourd’hui, certaines sociétés d’investissement sont si importantes en termes d’actifs sous gestion que la théorie moderne de la gestion de portefeuille - la diversification des risques à travers différentes classes d’actifs permet à la fois de limiter la volatilité et maximiser les rendements - ne peut plus s’appliquer pour atténuer les risques systémiques. Alors qu’une petite société de gestion pourrait être en mesure de se couvrir contre les effets globaux du changement climatique et d’autres risques systémiques en investissant dans des valeurs refuges comme l’or, les mastodontes de la finance gérant des milliards de dollars ont moins en moins de flexibilité et de marge de manœuvre pour se protéger contre une éventuelle chute de l’économie mondiale. En d’autres termes, les sociétés de gestion les plus importantes - à l’image de BlackRock - sont devenues trop grosses pour laisser la planète s’effondrer.


2) Avantages, inconvénients et limites


Ce type très novateur d’obligation est un levier de financement en faveur de la protection de la biodiversité et de la veille au bon fonctionnement de la planète en lui permettant d’assurer son rôle d’absorbeur de C02. De ce fait, ces dernières contribuent à stimuler l'intérêt des investisseurs publics et privés qui souhaitent jouer un rôle plus important dans l'utilisation durable des ressources océaniques et marines. Par exemple, dans le cas des Seychelles, l'émission des Blue bonds a permis de stabiliser sa note de crédit et de promouvoir de nouveaux investissements dans son économie.


Côté risques, la question est simple : les obligations bleues constituent-elles une véritable protection des océans ou le bluewashing succédera t-il au greenwashing ? En effet, dans la même idée selon laquelle une des principales critiques des obligations vertes est qu’elles ne sont pas toujours très vertes dans le sens où ces dernières peuvent être un outil pour « blanchir » l’argent si les fonds ne sont pas utilisés aux fins prévues par exemple, le terme blue washing a quant à lui été utilisé pour qualifier les actions des entreprises utilisant le logo bleu du Pacte mondial des Nations Unies pour démontrer une gouvernance d’entreprise durable, alors même qu’elles étaient également poursuivies pour le travail de jeunes enfants, l’esclavage et la corruption.


Enfin, le développement des obligations bleues fait face à trois défis principaux : de prime abord, il s’agit d’un outil de financement très peu développé car nouveau, qui demeure peu connu des émetteurs et des investisseurs. Dans un second temps, le rôle clé des océans dans la lutte contre le changement climatique est encore trop peu apprécié de la part des acteurs de la sphère financière. Finalement, il n’existe pas de référentiel permettant l’encadrement des obligations bleues, ce qui réduit la confiance des marchés financiers en ce type de financement.


Conclusion:


Considérée comme une solution innovatrice de grande ampleur permettant de protéger la planète au-delà de l’échelle des citoyens, les obligations bleues sont aujourd'hui là où en étaient les obligations vertes il y a 10 ans et l'économie bleue est aujourd’hui évaluée à environ 3 000 milliards de dollars par an, ce qui en fait la septième économie mondiale en termes de PIB, soutenant les moyens de subsistance d'environ 3 milliards de personnes dans le monde.



--------- ENGLISH VERSION ---------


Blue bonds : The next wave of sustainable bonds?


The ocean, representing 70% of our ecosystem, plays an important role in the fight against global warming because of its capacity to absorb 30% of CO2. However, pollution has been deteriorating the waters exponentially for many years. Biodiversity is consequently undermined, putting into question the health of humans and our planet. This is why, following the example of "green bonds", a new type of alternative financing has emerged, the "blue bonds". Their entry into the financial markets was made in 2018: the year in which the Seychelles was the 1st state to issue a blue bond of 15 million dollars in October 2018. Indeed, this archipelago of 115 islands, particularly dependent on fishing that employs 17% of the population and represents 95% of national exports, was a victim of water acidification by global warming.


What is a blue bond? It is a debt security issued on a financial market and intended to finance projects aiming to tackle global warming, with the difference that it aims to finance projects related to the preservation of seas and oceans such as sustainable fishing or the establishment of natural reserves prohibited to fishing for example. In this respect, the development of the blue economy is part of its action in favor of the achievement of the UN Sustainable Development Goal No. 14 on the conservation and use of the oceans.


1) Impact on investors and companies


Initially developed by the Seychelles and later carried by the fame of greens bonds, blue bonds aim to develop initiatives to protect and preserve the oceans. In March 2018, the European Commission, WWT, the Prince of Wales' International Sustainability Unit and the European Investment Bank ("EIB") unveiled 14 blue finance principles. These blue finance principles could help transform the way society manages ocean resources, while demonstrating that investors' desire for returns can go hand in hand with environmental preservation and positive social impact.


The development of Blue Bonds can be explained in part by the shift in strategy towards responsible investment linked to a desire to have a positive impact on society and the environment. ESG issues were traditionally considered a secondary concern for investors. However, the growing awareness of consumers, both savers and investors, as well as institutional investors and pension funds who wish to limit negative impacts on society, is a strong incentive to take into account environmental and societal impacts in their investments. Looking at a 2018 global survey by FTSE Russell, over 50% of global asset owners are currently implementing or evaluating ESG considerations in their investment strategy. However, there are other factors that can explain this commitment to responsible investing.




One of the most important factors is the growing size of investment and portfolio management firms. Today, some investment firms are so large in terms of assets under management that modern portfolio management theory - diversifying risk across different asset classes to both limit volatility and maximize returns - can no longer be applied to mitigate systemic risk. While a small asset management firm might be able to hedge against the global effects of climate change and other systemic risks by investing in safe havens such as gold, financial behemoths managing billions of dollars have less and less flexibility and room to maneuver to protect themselves against a potential downturn in the global economy. In other words, the largest asset management firms - like BlackRock - have become too big to let the world fall apart.


2) Pros, cons and limits


This very innovative type of bond is a financing lever in favor of the protection of biodiversity and of ensuring the proper functioning of the planet by allowing it to ensure properly its role as a C02 absorber. As such, they help stimulate the interest of public and private investors who wish to play a greater role in the sustainable use of ocean and marine resources. For example, in the case of Seychelles, the issuance of blue bonds has helped stabilize its credit rating and promote new investments in its economy.


On the risk side, the question is simple: do blue bonds constitute a real protection of the oceans or will bluewashing succeed greenwashing? Indeed, in the same idea that one of the main criticisms of green bonds is that they are not always very green in the sense that they can be a tool for "laundering" money if the funds are not used for the intended purpose, for example, the term blue washing has been used to qualify the actions of companies using the blue logo of the United Nations Global Compact to demonstrate sustainable corporate governance, even though they were also prosecuted for child labor, slavery and corruption.


Nevertheless, the development of blue bonds faces three main challenges: first, it is a very underdeveloped financing tool because it is new and remains little known to issuers and investors. Secondly, the key role of the oceans in the fight against climate change is still not sufficiently appreciated by the financial community. Finally, there is no reference framework for blue bonds, which reduces the confidence of financial markets in this type of financing.


Conclusion:


Seen as a large-scale innovative solution to protect the planet beyond the scale of individual citizens, blue bonds are now where green bonds were 10 years ago and the blue economy is now valued at approximately $3 trillion annually, making it the seventh largest economy in the world in terms of GDP, supporting the livelihoods of approximately 3 billion people worldwide.

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