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Interview de Benoît Chervalier - Sovereign Advisory : Lorsque la finance en banques d'affaires rencontre la politique

January 21, 2019

Interview avec Benoît Chervalier diplômé du Master affaires publiques de Sciences Po Paris et d’un LDM Harvard Kennedy School of Government Président et co-fondateur de one2five Advisory, banque d’affaires spécialisée dans le conseil financier transactionnel souverain et corporate en Afrique. Il possède une expérience riche et diversifiée dans le conseil financier souverain, chez Rothschild & Cie comme directeur en charge de la franchise souveraine en Afrique, puis comme directeur du département en charge des levées de fonds et des restructurations de dettes à la Banque Africaine de Développement. Il fut membre du Comité Exécutif des Opérations et Président du Comité en charge des produits financiers de la Banque. Il occupa auparavant plusieurs positions au sein de la Direction Générale du Trésor en France et au ministère fédéral des finances allemand (financement, projets internationaux, Club de Paris, Banques de développement) et a bénéficié d'un fellowship au German Marshall Fund of the United States. Par ailleurs, Benoit enseigne le financement des économies africaines à Science Po Paris et Doing Business in Africa à l'ESSEC Business School.

 

1 - Qu’est ce que le Sovereign Advisory ?

 

Chaque entreprise a sa vision du sovereign advisory il y a une difficulté de délimiter précisément ce métier qui peut aller au-delà du simple Conseil aux Etats.

 

En effet, il n’existe pas de définition commune à proprement parler comme pour le M&A qui a une définition communément partagée avec des leagues tables.

 

Il faut aussi distinguer les cabinets de conseils en stratégie des banques d’affaires. Les premiers peuvent effectuer des activités de conseil souverain mais n’ont pas vocation à effectuer les transactions, activités propres à de la banque d’affaires.

 

Les missions classiques peuvent-être définies de la manière suivante 

 

  • Accompagner les Etats ou les Entreprises Publiques dans leurs émissions obligataires : la banque d’affaires les accompagnera sur toutes les étapes du processus : de la notation (rating) au pricing et à l’émission. Le rating est un moyen est non une fin pour aller sur les marchés de capitaux internationaux. Ainsi il peut être pertinent pour un pays d’avoir recours à un conseil indépendant en étant l’intermédiaire entre le client et le book runner (banque émettrice avec un syndicat de banques). Il va piloter auprès de son client pour avoir les meilleures conditions de financement et avoir un regard critique sur les banques. Par ailleurs, le Conseil peut également être sollicité sur d’autres formes de financements telles que des hedging ou des lignes de financements

 

  • Accompagner les Etats dans leurs privatisations ou les entreprises privées dans leurs opérations d’achat face aux Etats. Les Banques d’affaires peuvent être de l’un ou l’autre côté.

 

  • Accompagner les Etats dans leurs structurations d’instruments financiers comme un Fonds Souverain ou la Caisse des dépôts ou de projets de nature project finance.

 

 

2 - Pourquoi les pays en Afrique ont - ils besoin de conseils ?
 

Tous les pays n’ont pas la même approche du Conseil. Relativement peu développés en Asie, il est globalement très présent parmi les pays de l’OCDE. En ce qui concerne le continent africain et ses 54 pays, le besoin et l’envie de conseil varient également. Les grandes banques d’affaires internationales n’ont en général pas de présence physique sur le continent pour l’instant car le nombre et la profondeur des grands deals M&A ne sont pas suffisants pour le justifier.

 

C’est avant tout une question d’écosystèmes et de réseaux

 

Par ailleurs lors de l’exécution des mandats elle demeure limitée sur le continent (hormis le client) car les investisseurs Afrique se trouvent davantage aux Etats-Unis (les fonds de pensions californiens par exemple), en Europe dans les pays du Golfe, voire sur les plateformes financières asiatiques (Singapour, Shanghai, Hong Kong).

 

Pour justifier une présence locale, il faut avoir une profondeur de marché suivante, ce qui explique la présence.

 

 

Théorème du vendeur de voitures : Lorsque que l’on achète une voiture nous n’achetons pas le vendeur, en revanche en conseil on achète le vendeur. En conseil la seule chose qui compte c’est la qualité de la personne.

 

 

3 - Le déplacement sur le continent africain est-il obligatoire?

        

Tout dépend de la mission : dans le cadre du mandat « investir au Cameroun en mai 2016, nous étions très fréquemment sur place car la conférence investisseurs se tenait sur place et que les projets étaient locaux. Mais ce n’est pas forcément nécessairement le cas pour tous les mandats. Les mandats de restructuration par exemple nécessitent la plupart des interactions avec les institutions internationales compétentes ou les créanciers concernés qui se sont trouvent quasiment tous hors du continent.

 

 

4 - Pourquoi créer votre société?

 

Pour moi il y a deux types d’entrepreneurs : ceux qui naissent entrepreneurs qui ont par exemple créent leurs propres entreprises durant leurs études supérieures, et ceux qui le deviennent grâce à la force de l’expérience. Je fais partie de cette deuxième catégorie.

 

Des individus qui ont bâti une expertise, un réseau, des références estiment qu’ils peuvent se lancer. Cette envie devient pertinente à partir du moment où la coagulation des ces éléments permet d’avoir une idée structurant et innovante dans son métier. C’est une espèce de momentum qui cristalisent des idées et des circonstances.

 

Après une quinzaine d’années en tant que haut fonctionnaire national et international j’ai souhaité rejoindre une grande banque d’affaires internationale. Disposant d’un angle de vue de 360 degrés et d’idées très précises sur la manière dont il fallait aborder la banque d’affaires à caractère souverain en Afrique, j’ai sauté le pas et crée ma propre structure, avec d’autres associés

 

Nous avons voulu adopter une démarche innovante sur le marché :

 

 

  • D’un point de vue géographique en opérant : uniquement sur le territoire africain avec des associés et collaborateurs 100% multiculturels et multinationaux.  

 

  • D’un point de vue du métier : nous sommes totalement indépendants tant au niveau de notre actionnariat que de nos activités contrairement aux grandes structures. Les grandes banques ont des situations de conflits d’intérêt potentiels car elles possèdent plusieurs métiers (activités de M&A, activités de Conseils aux Etats, la banque privée ou la gestion d’actifs) et sont exposées du fait de leur cotation sur les marchés.

 

 

5 - Que sont Les spécificités de votre métier de banquier d’affaires sur le Conseil souverain ?

 

Nous sommes une panoplie d’intervenants : d’après moi le conseil aux gouvernements c’est un métier avant tout de seniors mais très peu pour des juniors. Le conseil ne se résume pas à une connaissance technique : c’est en grande partie tirer l’enseignement de toute une série d’opérations passées. La différence avec le M&A est patente. 

 

Un junior en M&A apprend par exemple à instruire un dossier et à bâtir des modèles. A l’aide d’une chaine hiérarchique particulièrement rigide le junior a sa place car un process, cela s’apprend. (Intégration verticale)

 

Le conseil souverain nécessite inversement une intégration horizontale. Il est exige des connaissances et une expérience pluridisciplinaire combinant du juridique, financier, de l’économique et sans oublier un grand sens politique. Il y a un ancrage métier qui donne le confort de la technicité et l’expérience qui permet une meilleure appréhension et compréhension des enjeux.

 

 

6 - À partir de quel moment peut-on travailler en Sovereign Advisory?

 

Les équipes souveraines sont des petites équipes y compris parmi les grosses structures dues à l’expérience et à la technicité requises. Il existe deux entrées selon moi :

 

  • Soit commencer par apprendre un métier, c’est-à-dire créer une expertise technique. Les agences de notations, les équipes de Debt Capital Markets des banques ou encore économiste dans une grande banque ou institutions publiques (DG Trésor ou Banque de France) seront toujours de bons choix avant le cas échéant de basculer après 4-5 ans dans le Conseil souverain.

 

  • Soit capitaliser avec une expérience métier et de réseau permettant après une bonne dizaine d'années de se positionner à un niveau plus senior.

 

Si un junior arrive à faire du Conseil souverain, je lui conseillerais après quelques années, soit de rejoindre une institution nationale ou internationale de renom pour asseoir sa crédibilité ou sa légitimité, soit d’élargir son champ de compétences vers des activités non souveraines.

 

 

 

 

 

 

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